À quoi ressemblera l’avenir du binôme café – cacao à l’échelle mondiale et pour les pays producteurs ? La réponse à cette question commence par une évidence : la valorisation du revenu des agriculteurs. Mais elle dépend également de plusieurs autres facteurs essentiels que nous examinerons dans cet article.
Hausse ou baisse des prix sur les marchés internationaux, une réalité demeure : les agriculteurs restent enfermés dans un cercle vicieux de vulnérabilité. Pendant que les effets du changement climatique rendent les récoltes de plus en plus incertaines en Côte d’Ivoire, les tensions au sein de l’interprofession, la politisation de certaines décisions et les dysfonctionnements du marché freinent le potentiel professionnel des producteurs.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que le secteur du café et surtout du cacao constitue le principal pourvoyeur d’emplois agricoles et un pilier majeur de l’économie nationale.
Quelques réalités du terrain
Malgré l’importance stratégique de ce secteur, plusieurs défis persistent :
• Méventes et non-application du prix bord champ. Dans certaines zones, les producteurs peinent à écouler leur production ou ne bénéficient pas du prix officiel annoncé, ce qui fragilise leurs revenus et leur confiance dans le système.
• Dégradation de l’environnement et des plantations. La pression sur les terres, la déforestation et l’épuisement des sols affectent la productivité des exploitations.
• La hausse des coûts de production. Pendant que le prix bord-champ du cacao dégringole, ceux des intrants agricoles et autres produits chimiques, des outils de production continuent de grimper.
Ces dynamiques entraînent progressivement :
• Une baisse de la fertilité des sols
• Le vieillissement des plantations et des producteurs
• Un abandon de l’agriculture par la jeune génération
• Une perte de biodiversité
• Une érosion de la confiance entre les différents acteurs de la filière.
Remettre l’agriculteur au cœur du système
Remettre l’agriculteur au centre de la filière et faire de son travail une source de fierté et de prospérité constitue le véritable point de départ d’une gouvernance durable du binôme café – cacao. L’attractivité du secteur agricole en Côte d’Ivoire reste un problème car les jeunes s’en détournent parce que rudimentaire. Les méthodes d’exploitation des grands parents n’ont pas changé. A quand une réelle transformation locale à proximité des zones de productions agricoles ? Vous me poserez certainement cette question précitée. Passons à l’action avec l’agriculteur et engageons-nous pour :
• Une meilleure rémunération du travail agricole
• Un accompagnement technique adapté à notre époque
• La promotion de la transformation locale pour une meilleure valeur ajoutée
• La promotion de la diversification des cultures
• Une meilleure synergie producteurs et parties prenantes dans les décisions stratégiques du secteur
• La promotion d’une agriculture intégrant l’intelligence artificielle et autres outils pour rendre notre agriculture viable et durable.
Une telle approche permettrait non seulement d’améliorer les perspectives du marché, mais aussi de renforcer la résilience des producteurs face aux crises climatiques et économiques.
Des mutations à toutes les échelles
À l’échelle internationale, sous-régionale et nationale, plusieurs mutations déjà en cours dans certains pays doivent être encouragées:
• Des exigences croissantes en matière de durabilité et de traçabilité
• L’émergence de nouvelles réglementations sur la déforestation
• Une demande accrue pour des produits agricoles responsables
• La nécessité d’intégrer les enjeux climatiques dans les systèmes de production.
• La transformation des produits locaux
Ces points de bascule représentent à la fois des défis et des opportunités pour les pays producteurs. Car au fond, une évidence s’impose : n’attendons pas la crise pour traiter une maladie dont les symptômes sont déjà visibles.
