Produire massivement ce que nous consommons et consommer prioritairement ce que nous produisons constituent des piliers essentiels de la souveraineté alimentaire et du développement durable. La transformation structurelle des systèmes alimentaires doit s’opérer d’abord à l’échelle nationale, afin de garantir l’accès des populations à une alimentation suffisante, saine et abordable, tout en réduisant la dépendance aux importations.
Dans les pays du Sahel, la production des denrées alimentaires locales occupe une place centrale dans les stratégies agricoles nationales. Malgré la dégradation des sols, la variabilité climatique, les épisodes de sécheresse et les contraintes liées à l’eau, le Mali s’impose comme le deuxième producteur de riz en Afrique de l’Ouest, le Burkina Faso a atteint l’autosuffisance alimentaire, tandis qu’au Sénégal, les prix des denrées de première nécessité connaissent une baisse notable. Ces résultats illustrent la capacité de politiques agricoles volontaristes à renforcer la résilience des systèmes alimentaires face aux chocs climatiques.
En revanche, en Côte d’Ivoire, la persistance de la cherté des aliments de base, conjuguée à l’abandon progressif de l’agriculture au profit d’autres activités, fragilise la souveraineté alimentaire nationale. Cette situation accroît la vulnérabilité du pays face aux aléas climatiques, aux perturbations des marchés internationaux et à l’augmentation des coûts d’importation.
Il est donc urgent d’agir avant que ces vulnérabilités ne s’aggravent davantage. Le renforcement de la production locale, à travers le développement d’intrants agricoles durables et l’adoption de pratiques agricoles résilientes au climat, constitue une réponse stratégique aux défis combinés de la sécurité alimentaire et du changement climatique. Ces approches permettent non seulement de restaurer la fertilité des sols et de préserver les ressources naturelles, mais aussi de renforcer l’autonomie économique des producteurs.
Paradoxalement, la Côte d’Ivoire, pourtant dotée d’importantes ressources en eau, demeure un importateur majeur de produits halieutiques, conséquence directe de la dégradation des écosystèmes côtiers et des mangroves, pourtant essentiels à l’adaptation climatique et à la sécurité alimentaire. Cette réalité met en lumière les limites actuelles des politiques de gestion des ressources naturelles.
Ces constats soulignent avec force la nécessité d’une réorientation profonde des politiques agricoles et alimentaires, intégrant pleinement les enjeux de souveraineté alimentaire, d’adaptation au changement climatique et de durabilité environnementale, afin de bâtir des systèmes alimentaires résilients, inclusifs et capables de répondre aux défis présents et futurs.
