Variété de palmier, les cocotiers bordent le littoral de la Côte d’Ivoire, locomotive économique de l’UEMOA. Ceci, en vue de diversifier les sources de revenus de ce pays, basées seulement sur la culture du cacao et du café. La Côte d’Ivoire lance dès lors en 1964, son « Plan Cocotier » qui a permis d’exploiter près de 60 000 ha de sa zone littorale favorable à la culture du cocotier. Ce cordon agroéconomique s’étend de Tabou à l’Ouest jusqu’à la région d’Adiaké, frontalière au Ghana. Cependant, la production de coco est en chute.
En effet, grâce à la volonté politique du premier Président Ivoirien, Felix Houphouët Boigny et à l’intensification de la recherche à la station de Recherches des Huiles et Oléagineux (IRHO) créée en 1952 dans la région de La Mé, la création des plantations de cocotiers connait une forte extension jusqu’en 1986. Avec cet essor impulsé par la SODEPALM (Société de développement du Palmier en Côte d’Ivoire), la culture du cocotier devient la principale culture de rente pour de nombreuses familles du littoral ivoirien. Elle réalise une production annuelle allant jusqu’à 406 000 tonnes de noix de coco.
A partir de 1986, avec le désengagement de l’Etat de la filière coco, la production des noix va connaître un déclin exacerbé par l’apparition de la maladie du jaunissement mortel du cocotier. La plantation de plus de 300 ha de SICOR (Société Ivoirienne de Coco Rappé) dans la région de Grand Lahou a été complètement décimée.
Et pourtant, le diagnostic effectué par le FIRCA et présenté lors du séminaire Abidjan Legacy Program au Sofitel Hôtel Ivoire les 09 et 10 septembre 2024 montre que malgré ces nombreux défis, la filière coco a encore de meilleurs jours devant elle. Mieux, l’exportation de la drupe de cette plante a généré au moins 9 milliards de FCFA en 2023 pour le pays.
De nouvelles réformes visent à améliorer la production de coco et la valorisation de cette culture, autrefois plus attractive. Ce défi, au-delà de l’aspect économique se renforce par une approche holistique. Chargé de l’encadrement et du développement des filières hévéa et palmier à huile, le Conseil Hévéa-Palmier à Huile (CHPH) a désormais la responsabilité de relancer la filière coco. Il semble donc naturel que cet organe élargisse son champ d’action à la variété Cocos nucifera, communément appelée cocotier. Dans cette dynamique, les enjeux environnementaux et la résilience des producteurs sont au cœur des préoccupations, d’autant plus que la vulnérabilité climatique des zones littorales est une réalité bien visible.
Par ailleurs, le positionnement des produits agricoles sur le marché international soulève des questions éthiques importantes. Les campagnes de désinformation qui affectent déjà la filière palmier à huile rappellent l’importance d’une stratégie anticipée et coordonnée pour protéger la filière coco. Une synergie d’initiatives en amont, impliquant résolument le FIRCA et le CNRA, s’avérera donc bénéfique à l’ensemble de cette chaîne de valeur. Au-delà de la simple commercialisation de la noix de coco, cette culture offre un potentiel considérable en matière de valorisation des sous-produits et déchets organiques. Si les nombreux avantages des services écosystémiques littoraux sont exploités, ils peuvent non seulement stimuler la production ivoirienne de coco, mais aussi en renforcer la durabilité.
« Les régions productrices de noix de coco telles que les Philippines, l’Indonésie, le Mozambique et plusieurs îles du Pacifique sont déjà confrontées à des phénomènes météorologiques extrêmes et à des épidémies de ravageurs et de maladies causées par le changement climatique », alerte Earthworm Foundation (EF), forte d’une expertise de terrain dans plusieurs zones de production.
Avec l’adhésion récente de la Côte d’Ivoire à la Communauté internationale de la noix de coco, de nouvelles opportunités s’ouvrent pour remédier à la dégradation environnementale du littoral et aux conséquences de l’urbanisation galopante. Surtout que, cette filière agricole dont le fruit prisé assure la subsistance d’au moins 20 000 ménages, subit une chute de production de 70 %. Il est donc essentiel de relever ensemble les défis environnementaux et économiques liés à la culture du coco, afin de célébrer un jour nos cocotiers centenaires dans une ambiance festive et culturelle.
En ce sens, depuis 2012, un agro-industriel suisse a créé en Côte d’Ivoire PMCI (Plantations Modernes de Côte d’Ivoire) dont la mission est de booster la production de noix de coco améliorées en Côte d’Ivoire et d’accompagner les petits producteurs à produire des noix de qualité, avec des pratiques qui préservent l’environnement. Des planteurs abandonnés à eux-mêmes avec la désorganisation de la filière sont aujourd’hui en train de reprendre espoir grâce à PMCI qui a ouvert une plantation industrielle entièrement bio de près de 900 ha à Andou Mbatto, dans le département d’Alépé. En plus de cette plantation, elle a stimulé l’organisation de coopératives à Adiaké et Grand Lahou dont la production est entièrement et directement achetée aujourd’hui par PMCI, permettant ainsi aux producteurs de gagner mieux.
Nous encourageons l’administration et le secteur privé à conjuguer les efforts afin de véritablement faire renaitre la filière coco en Côte d’Ivoire.