Le secteur agricole africain et en particulier ivoirien est aujourd’hui confronté à une problématique majeure liée à l’usage excessif et parfois inapproprié des produits chimiques agricoles, fabriqués dans les pays industrialisés.
Cette situation est exacerbée en grande partie par la raréfaction progressive de la main-d’œuvre agricole, qui pousse de nombreux producteurs à recourir massivement aux intrants chimiques afin de maintenir voire augmenter les rendements et de réduire les contraintes liées à l’entretien des plantations.
Ainsi, les herbicides sont largement utilisés pour le désherbage, les fongicides pour la lutte contre les maladies phytosanitaires et les insecticides pour le contrôle des insectes ravageurs. Par ailleurs, certains produits sont employés à des fins non conformes à leurs usages homologués, notamment dans l’objectif d’accroître artificiellement la productivité.
Ces pratiques s’opèrent le plus souvent en l’absence d’un encadrement technique adéquat, sans respect strict des doses, des mélanges recommandés ni des conditions d’application prévues par les normes en vigueur.
Dans le même temps, les sols agricoles continuent de s’appauvrir, compromettant durablement leur fertilité.
Cette dégradation progressive contribue à la mobilité des fronts agricoles, notamment dans la filière cacao en Côte d’Ivoire, avec un déplacement croissant des zones de production vers les pays voisins, en particulier le Libéria.
Les conséquences de cette utilisation incontrôlée sont multiples. Sur le plan environnemental, elle se traduit par une dégradation de la qualité des sols, une réduction de leur fertilité biologique et une contamination progressive des eaux de surface et souterraines. Sur le plan sanitaire, elle expose les producteurs, les populations riveraines et les consommateurs à des risques accrus, liés à l’accumulation de résidus chimiques dans les denrées alimentaires.
Il existe pourtant des alternatives crédibles à ce modèle d’agriculture nomade, dont les effets contribuent à l’avancée de la désertification dans des zones forestières autrefois fertiles. Ces alternatives reposent notamment sur une meilleure gestion des sols, la diversification des systèmes de culture et la réduction de la dépendance aux intrants chimiques.
À moyen et long termes, la poursuite de ces pratiques compromet la durabilité des systèmes de production agricole et constitue une menace réelle pour la sécurité alimentaire et environnementale du pays. Il apparaît dès lors indispensable de renforcer les mécanismes de régulation, d’intensifier la formation et la sensibilisation des producteurs, et d’encourager résolument l’adoption de pratiques agricoles durables, telles que l’agroécologie, la gestion intégrée des ravageurs et la restauration de la fertilité des sols.
La Fondation Earthworm a mis en place dans le Sud Comoé le Centre d’Innovation Rurale Agroécologique (CIRA), dont le rôle premier est d’accroître l’intérêt des jeunes pour l’agriculture régénérative et d’agroforesterie, mais aussi de renforcer la production agricole.
