Au lieu de revitaliser les océans, devenus d’immenses poubelles béantes, la pollution y demeure persistante, tandis que les priorités économiques continuent de reléguer l’environnement au second plan. Combien de temps faudrait-il à l’océan pour engloutir un porte-avions, une plateforme d’extraction ou des zones concentrant des investissements issus de plusieurs générations?
Les autres espèces vivantes nous enseignent à quel point le bon sens fonde à la fois l’existence et l’économie dans toute sa profondeur. Pourtant, l’humanité reste agrippée à une vision matérialiste et réductrice de l’économie, incapable d’intégrer pleinement les limites écologiques.
Aux huit (8) millions de tonnes de plastiques déversées chaque année dans les océans viendra s’ajouter, avec une ironie tragique, la bouteille brandie par Nicolás Maduro lors de son extradition vers les États-Unis – comme s’il fallait encore tourner la pollution en dérision ou en minimiser les conséquences. Quel entêtement à bâtir une économie de plastique, fragile et fébrile, alors que le changement de paradigme, à portée de main, promet des lendemains bien plus soutenables.
Pendant ce temps, la course à l’armement et la violence reprennent de plus belle, alimentant indirectement la pollution liée à l’exploitation des énergies fossiles. Plusieurs accords et lois en faveur de la préservation de l’environnement sont ainsi relégués aux calendes grecques.
Les fonds colossaux mobilisés pour concevoir un navire de guerre pourraient pourtant sauver de nombreuses espèces menacées d’extinction, tout en préservant la qualité de l’air et la santé des écosystèmes. Selon l’International Peace Bureau, « le coût d’un porte-avions permettrait de reforester une zone trois fois plus grande que le Costa Rica (51 100 km2) ». Une estimation qui invite à repenser les priorités et à optimiser le leadership mondial.
Interrogeons une fois encore l’histoire et la science : les armes les plus productives demeurent la qualité du capital humain et celle de notre environnement. À défaut d’être protégées, elles peuvent également devenir les plus dévastatrices. S’agissant de la seconde, la force de l’océan – véritable « pays » le plus puissant de la Terre, recouvrant près de 70 % de sa surface – en constitue une démonstration éclatante.
Il ne s’agit ni de climatoscepticisme ni même de climatoréalisme, mais bien du sens du bien-être que nous recherchons collectivement. C’est dans cette réponse que résident la valeur et la portée véritables du leadership.
En restant strictement factuel, des événements récents tels que le naufrage au large de la Sicile en 2024, consécutif à une tempête, ou les incendies de Los Angeles en 2025, révèlent notre vulnérabilité à toutes les échelles. La puissance des forces naturelles et l’ordre écosystémique rappellent une réalité incontournable, surtout lorsque la mégalomanie humaine frappe à la porte. Ces événements illustrent la violence imprévisible que notre planète peut contenir et soulignent l’importance de ne jamais banaliser la relation entre l’homme et son environnement.
Aucune autre espèce ne pollue ni ne s’autodétruit à ce point que l’être humain. Dans l’océan Indien, sur 266 tortues caouannes étudiées par des biologistes, 202 présentaient du plastique dans l’estomac. Il suffit de lever les yeux pour comprendre que la pollution des océans n’affecte pas uniquement la faune marine. Elle empoisonne notre alimentation, altère la qualité de l’air et détériore la santé mentale et physique des générations présentes et futures.
« Ce que tu fais aujourd’hui contre la vie sur Terre impactera tes enfants. Pour eux et pour ceux que tu aimes, il faut faire un effort », rappelle Yann Arthus-Bertrand.
