Au-delà de la grisaille géopolitique et des tensions qui fragmentent notre monde, la signature du traité international pour la protection de la haute mer et de la biodiversité marine fait figure de sursaut collectif. Elle ravive l’espoir d’une planète vivante, respectée et transmise aux générations futures.
Le 17 janvier 2026, 83 pays ont posé un acte historique en s’engageant à protéger un patrimoine commun longtemps négligé : la haute mer. En effet, près de deux décennies de négociations débutées en 2004 ont permis aux 193 États membres de l’Organisation des Nations unies (ONU) d’adopter en juin 2023, le premier traité international de protection de la haute mer, dénommé BBNJ (Biodiversity Beyond National Juridiction ou alors biodiversité au-delà de la juridiction nationale). Moins de deux ans plus tard, le 23 septembre 2025, l’accord a été ratifié par plus de 60 pays, le seuil nécessaire pour son entrée en vigueur.
Plus de la moitié de la surface de la terre – ces espaces marins situés au-delà des juridictions nationales – devient enfin l’objet d’une gouvernance concertée. Pourtant, ces zones demeurent parmi les plus vulnérables : surexploitation des ressources halieutiques, pollution, dérèglement climatique, destruction des habitats et perte accélérée de biodiversité. Les océans, qui régulent le climat, nourrissent des millions de personnes et absorbent une part significative du carbone mondial, sont aujourd’hui à bout de souffle.
Protéger 30 % des océans d’ici 2030 : une urgence, pas une option
L’objectif affiché de protéger 30 % des mers et des océans d’ici 2030 n’est pas un luxe écologique, mais une nécessité vitale. Il s’agit d’un seuil minimal pour préserver les fonctions essentielles des écosystèmes marins et renforcer leur résilience face au changement climatique. Ce traité, fruit d’un processus progressif et inclusif – de 8 pays signataires en 2024 à 83 aujourd’hui – démontre que la coopération internationale reste possible lorsque l’avenir du vivant est en jeu.
Mais signer ne suffit pas. L’heure est désormais à la mise en œuvre effective, au financement, au contrôle et à l’équité. Sans actions concrètes, sans mécanismes de suivi robustes et sans implication réelle des États, des scientifiques, de la société civile et des communautés côtières, cet accord risque de rester une promesse de plus.
Les initiatives scientifiques, à l’image de la campagne d’observation aérienne lancée le 28 janvier en Polynésie française sur 850 000 km², rappellent l’importance de la connaissance pour guider l’action. Observer, comprendre, protéger : telle doit être la trajectoire collective.
Face à l’effondrement du vivant, les océans ne peuvent plus attendre. Protéger la haute mer, c’est défendre le climat, la sécurité alimentaire mondiale, les moyens de subsistance de millions de personnes et l’équilibre même de notre planète.
